kerel

Une terrasse en Corse

 
Dans la nuit claire comme la Méditerranée, je m’installe sur la terrasse
au bord d’une table en plastique blanche, de pavillon perdu
entre deux champs de blé menacés quelque part en banlieue et commence
à prendre des notes sur la toile vinyle à la légende idiote, aux couleurs
fluo de luna-park, admirant la ligne brisée des collines qui dominent
ce paysage à l’écriture hiératique comme l’Olympe, illustrant la lecture
sur un ton épique des premières annales de l’Histoire, le vert élyséen
des arbres cherchant la vraie paix depuis la Gaule romaine.
Les moustiques attaquent en escadrilles barbares depuis l’ampoule
de la lampe comme les Goths harcelaient Rome, seule contre cette invasion
la piqûre rouge d’une Gauloise me tient lieu de vaccin, et dans la fumée
je crois voir la tôle des bidonvilles se changer en tuiles républicaines
rouges comme les villas de cette île hors de prix pour le standing local,
 
leurs fenêtres fermées chaque hiver depuis le continent. Un vent hugolien
passe à travers le bois de pins serrés dans la nuit, et pâlit. Puis
comme la tranquillité veut le silence, ou plutôt le récital
adagio des vagues roulant sur la grève qui monte jusqu’à la villa
je bois du vin italien, jetant l’encre sur les hauts-fonds de sable
lisses comme le papier depuis un vieux yacht mal calfaté et vois
la lune se refléter dans l’eau avec indifférence, la poésie s’exiler
sans pouvoir ni province, alors devant les collines dont j’ignore
si elles ont un nom je pense à d’étroites allées sous les arbres
vers le lopin corrompu d’un vétéran lettré de Rome ayant connu
le goût du sang et des esclaves, dont seule la bizarre verroterie
émaille l’herbe folle poussant comme le papier froisse
 
lyriquement ses feuilles mortes dans la corbeille.

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