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La révolution de Poncho Garcia Luz

 
Dimanche 4 juillet, jour du Seigneur à Miami. La révolution
se froisse dans une carte postale envoyée dans un faubourg
de la Havane au hasard des révolutions, sur Ocean Drive
les auvents multicolores des cafés se gonflaient comme les voiles
castillanes de la Santa Maria en vue de San Salvador, et moi Poncho
García Luz je regardais le crâne jauni des palmiers se déplumer
comme la tête d’un Indien, et je ne voyai rien. Je posai ma fatigue
sur le muret défendant la plage, à côté de vieilles idées latines assises
sur les bancs publics de bois vert, qui gravaient au canif des mythologies
de mer vide de canots clandestins, jaugeant la coque blanche des yachts,
leur robe de lait où les filles de barons jouissent dans le champagne
sur le pont de l’église familiale, j’étais socialiste avec dans la poche
 
le seul louis d’or du soleil. Je n’ai pas choisi la solitude.
Après-midi calme comme la lagune. Je touchai le tronc d'un palmier
ses écailles comme des marches vers le Sud, afin d’y déraciner mon exil,
le souvenir d’un arbre sur la place d’un petit village du Pérou
inconnu de tous, même des Péruviens, tant le Pérou est loin.
La mer hérissée d’écume bute sur le blocus des récifs de corail,
au large de San Salvador, au milieu de requins qui ont oublié leur nom
à tourner comme des voitures de police. Plutôt rester ici, sur le boulevard
où les parasols ouvraient une bière pour rafraîchir l’ennui dominical,
à boire au fond de bars obscurs comme des tombes pour la blondeur
de l’alcool dans les verres, seul au comptoir je ne parlais à personne
j’entrai dans la lumière comme un sâdhu dans le Gange.

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