kerel

Jour de vacances en Norvège

Paysage de Norvège à la fenêtre, à la veille du printemps
on ramasse l’hiver sur le toit des voitures, les marronniers
consultent leur agenda et s’assurent de ne pas être en Finlande
découpés en planches comme du sapin. Les voilà qui cédant
à la panique inspectent les rares passants sur le boulevard Pasteur
comme si chacun était coupable des rafales qui les plient
tels les pylônes d’Avoriaz sur le sol en acier, semblant supporter
leurs chasubles d’évêque comme si Dieu était mort.
Comme nul ne peut compter les flocons, j’ai allumé une Gauloise
dont la fumée se confond avec mon souffle dans l’air froid.
Au matin, flocons de sucre dans le café noir, jour

 

blanc comme un linge, assez pour ruiner toute envie d’aller remuer
des nombres qui se paient notre tête, les oreilles pleines
du bruissement de roubles de la jaune Neva sur nos prairies
autrefois fertiles. Au jardin municipal, les oiseaux frigorifiés
silencieusement prient pour la sécurité sociale. Je leur promets des noms.
Route vernie par le verglas, à travers la fenêtre de mon bureau
je vois la neige isoler les banlieues comme des îles de la Baltique,
un spectre disparaître dans le brouillard, peut-être l’Europe,
son climat social-démocrate que trouble le cri aigu d’une voiture
de police tournant l’arme au poing autour d’une affiche électorale.

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