kerel

Les noyers

 
 
Le soleil sur la nuque enfonçait des clous, les rares nuages
s’affalaient telle la voile d’un navire arrivé au port, soufflant
comme le marathonien arriva à Athènes je laissais
dans la poussière des traces que le vent effaçait. Quatre heures.
Je buvais dans chaque rayon de soleil le prix de l’orgueil
sur la piste qui s’enroule vers les cimes comme une écharpe
autour du cou d’une vieille en hiver, sur les visages la sueur
traçait des lettres de sel que je ne savais pas lire. La bouteille d’eau
circula de mains en mains comme un dictionnaire. Je cherchais
en vain une langue universelle, une grammaire de révolutionnaires,
un verbe poussant comme le blé dans la bouche des partisans,
et je parlais encore dans le vide, après le col aux épaules minérales,
voyant la coupole blanche de Tamaroute assise contre l’école,
les noyers plantés dans le torrent à sec comme des lettres majuscules.