kerel

Le givre

Dans ces ruelles étroites où le pas roule sur le gravier, ce qu’on appelle
à l’université culture vous gratifie parfois d’un peu d’ombre, le soleil
se prend les pieds dans les toits en paille, des silhouettes furtives
glissent dans un bruit de soie ; puis à l’angle de la ruelle le soleil
vous aveugle comme les fidèles à la sortie de l’église. Les hommes
travaillent en ville, les pluies gonflent les oueds comme le gouvernement
les urnes. En hiver, le givre est souverain et nous ne sommes pas
assez nombreux pour la révolution, même en comptant les ombres.
L’herbe est rase comme en Sibérie, et chacun passe volontiers son tour.
Pays à fleur de peau où nul n’inventorie les cailloux. De décembre à mars
la météo coud la bouche anarchiste du gué. Mais chacun ici est le prince
d’un petit lopin où seul le vent fait le guet, la barbarie
se contente des figuiers, le ciel hésite entre la neige et la canicule,
sur la piste poussiéreuse les autos doivent étudier la botanique.