kerel

Sébastien Kérel est un hétéronyme. Il existe ; il n'existe pas. D'autres ont joué à ce jeu ; Pessoa d'abord, puis Volodine aujourd'hui. "Je ne change pas, je voyage", dit Pessoa dans une lettre à Casais Montero.

Pessoa l'a dit pour nous tous, c'est dans une lettre à lettre à Aldolfo Casais Monteiro du 13 janvier 1935 :« Un jour où j'avais finalement renoncé – c'était le 8 mars 1914 – je m'approchai d'une commode haute et, prenant un papier, je me mis à écrire, debout comme je le fais toutes les fois que je le puis. Et j'écrivis trente et quelques poésies, en une espèce d'extase dont je ne saurais définir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie, et jamais je n'en pourrai connaître de semblable. Je partis d'un titre : Le Gardeur de troupeaux. Et ce qui suivit fut l'apparition en moi de quelqu'un à qui je ne tardai pas à donner le nom d'Alberto Caeiro. Pardonnez-moi cette expression : il m'était apparu mon maître ».

On compte ainsi sous la plume de Pessoa quatre ou cinq génies, chacun doté d'une vie singulière, distincte, la leur, et d'une poétique : c'est la "galaxie" Pessoa. Hétéronyme : personnage imaginaire auteur d'une oeuvre, mais dont la vie même se distingue de celui qui l'a créé, je veux dire celui qui a charnellement une plume à la main ; si Pessoa a écrit "sous" le nom d'Alvaro de Campos, il n'a pas été ingénieur en Ecosse, Campos si. La poésie de Campos s'en ressent, des brumes de Glasgow.

Kérel est né au début des années 70 dans une petite ville de l’Est, dont Verlaine qui y enseigna des cours sans doute exécrables a gardé le souvenir, donna son nom au lycée et vanta le portail plein d’ogives de la cathédrale, sans oublier deux nefs flanquées d’une tour carrée ; Hugo lui reconnaît quelque grâce à propos d'une rivière. Il est comptable. Il sait la loi des nombres, la mathématique du moine Bartoloméo Luca Pacioli. On a bien voulu de lui pour une mission quelque part en Afrique, dans une de ces petites confréries qui sauvent le monde, ou peut-être l'aggravent ; il aime voyager. Il est revenu compter les sardines dans son île.

Sébastien Kérel est une plage.

E-mail